Musée Archéologique de Dijon
"Les Anonymes"
du 27 avril au 2 juillet 2012
www.dijon.fr

« N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit »

La peinture de Gérard Alary tente de saisir un absolu qui ne souffre aucune contradiction : la certitude de notre propre fin. Cet absolu traverse les générations et parce qu’il les traverse, il est immuable. Il produit des archétypes, des structures, des principes. Il se traduit par le passage mais ce passage, parce qu’il se répète à l’infini, devient forme immobile. Cette forme, provoquant règles et rites, n’existe cependant que parce qu’elle incarne, pour chacun d’entre nous, un événement éphémère : la prise de conscience que nous allons « passer », « Ils ne font que passer » dit-on. La peinture exprime ce réel où absolu et éphémère ne font qu’un. Hérités de la connaissance humaine nous avançons sur cette scène, totalement démunis, sachant que « nous y entrons pour sortir », sortir de notre corps, mourir. Cette action génère à la fois des symboles, des figures intangibles et la perte, l’écroulement, ruée et rage de ce qui tombe de nos mains. L’œuvre de Gérard Alary reprend les thèmes du crâne de Saint-Antoine, d’Hamlet, des « Vanités » mais transformés par sa peinture, par le chaos substantiel qu’elle porte, avalés par le « trou noir » de celui qui observe non plus les étoiles mais les matières du corps s’effondrant sur lui-même, dégageant une énergie intense qu’il faut absorber pour l’emporter dans le tableau. Cette dévastation, ce terremoto, cette dépense hors-limite viennent non plus du corps quotidien mais d’un corps désormais inconnu. C’est cela qui naît sur la toile : « Je pensais que les hommes n’ont pas prêté suffisamment d’attention aux miracles de l’anéantissement, aux catastrophes d’une certaine amplitude. Je pensais qu’il y avait peut-être des preuves dont il n’avait pas été tenu compte » écrit Cormac McCarthy. Gérard Alary cherche ces preuves à partir de la foule des hommes. Il commence par une évidence : le crâne, le cerveau où siègent nos émotions et nos pensées puis vient le déchirement qui arrache le voile, révèle, rend visible. Le travail de la peinture alors commence. De la visitation de la mort jusqu’à ce qu’elle nous doit : la vérité…. tout au moins, celle du Temps.

Olivier Kaeppelin

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